J'ai toujours trouvé qu'il y avait dans la représentation des amitiés viriles des yakuza et autres gens du milieu de la mafia japonaise un côté violemment homo-érotique. Du moins au cinéma.
Giri et
ninjou, liens forgés en prison, fidélité absolue à ses frères d'armes, trahisons, et règlement de compte, le tout dans un monde essentiellement masculin, ou les femmes sont au mieux traitées comme quantité négligables (on n'est pas à une scène de viol près dans les films de Fukasaku), au pire comme la cause de tous les maux. Pourtant il me semble que cet élément n'a pas été souvent mis en scène de façon directe dans le cinéma contemporain grand public. C'est chose faite avec
Blues Harp - depuis un petit moment d'ailleurs, le film datant de 1998.
Chûji est barman dans une live-house très
rock'n roll de la banlieue de Tôkyô, et ses perspectives d'avenir semblent sévèrement limitées. Chûji vend du speed pour arrondir ses fins de mois, collectionne les disques de
rythm n blues, et surtout, joue de l'harmonica comme si sa vie en dépendait. Chûji aurait bien aimé connaître son père, un
marines noir américain qui a abandonné sa prostituée de mère quand il est rentré au pays.
C'est là qu'il va rencontrer Kenji, un yakuza poursuivi par un gang rival, à qui il va sauver la vie...
On retrouve dans
Blues Harp des éléments récurrents dans l'univers de Miike : outre la violence ordinaire, froide, inhérente à la vie des gangsters japonais, on perçoit également en filigrane l'intérêt du réalisateur pour la vie des minorités dans un pays ou l'homogénéité est la règle : après les Chinois ou les Brésiliens, dans
City of the lost souls ou
Dead or Alive, c'est ici la vie d'un métisse japonais-afro-américain qui va servir de fil conducteur à une histoire d'amour malheureux et de trahison, une tragédie
rock'n roll et haute en couleurs dont le déroulement nous rapproche, inévitablement, du pire.
On évite, pour une fois, les explosions de violence ultra graphique - et pas toujours de très bon goût - souvent caractéristiques du cinéma de Miike, pour une mise en scène beaucoup plus sobre, qui évite avec brio l'écueuil de la facilité grand-guignolesque à laquelle on aurait pu s'attendre.
Blues Harp, c'est un peu
Brokeback mountain chez les yakuza, sans les Stetson et les grands espaces, avec la touche Miike en plus

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Sur IMDB :
http://www.imdb.com/title/tt0303780/Chez Sancho :
http://www.sancho-asia.com/miike/blues_harp.php